Elections 2020 : les candidat.e.s prennent position sur la gestion des déchets

Crédits photo : Claire Gaillard

Devant une salle comble de 260 personnes, ce samedi 18 janvier et pour la première fois, l’ensemble des listes prétendantes à la Métropole de Lyon, Bruno Bernard (EELV), Laurence Boffet (Lyon en Commun), François-Noël Buffet (LR), Laurence Favaro (repr. liste David Kimelfeld), Jean-Luc Fugit (repr. G. Collomb, Prendre un temps d’avance), Eric Lafond (100% Citoyens), Michèle Morel (repr. A. Kotarac, RN) et Renaud Payre (La Gauche unie) ont débattu de la réduction des déchets ménagers et ont pu partager leur position sur le renouvellement des deux incinérateurs estimé à 600 M€.

Marie Papin, présidente de Zéro Déchet Lyon (ZDL) a apporté son expertise à ce débat animé par Florent Deligia, journaliste à Lyon Capitale.

Soirée de pédagogie sur la réduction des déchets et de débats avec les candidat.e.s à la Métropole

Pour poser les enjeux : Thibault Turchet, chargé de campagne à Zero Waste France, a présenté le livre « Territoire Zéro Déchet » et Jacques Goulpeau, vice-président de Zéro Déchet Lyon, a focalisé sur le contexte local (voir ci-dessous).

Les thèmes du renouvellement des incinérateurs, de la tarification incitative et des premières mesures à mettre en place en faveur de la réduction des déchets après les élections ont été abordés.

Prises de position des candidat·e·s

Crédits photo : Claire Gaillard

Nous faisons le constat et regrettons que les engagements sur l’arrêt des incinérateurs soient restés flous pour une majorité de candidat.e.s (LR, Liste D. Kimelfeld, La Gauche unie et Prendre un temps d’avance) voire que les solutions proposées aient manqué de cohérence et de crédibilité.

Seuls EELV et Lyon en commun se sont montrés clairs sur l’objectif de réduction des capacités d’incinération de moitié à horizon 2028.

La majorité des candidat.e.s émettent des doutes sur les propositions de ZDL « tournées vers les usagers, et la sphère privée » et peu applicables à une majorité de citoyens « qui n’y sont pas près », mais ils semblent oublier en tant que futur.e.s élu.e.s, qu’ils.elles sont les porteurs.ses de l’engagement politique de la Métropole et que c’est de leur compétence de faire que les projets territoriaux soient accessibles au plus grand nombre.

L’équipe sortante représentée par Laurence Favaro (liste D. Kimelfeld) a émis des propositions de réductions intéressantes qui nécessiteraient, nous semble-t-il, un engagement plus tranché en faveur d’une diminution des capacités d’incinération en 2028. C’est l’élan politique nécessaire qui manque aujourd’hui pour transformer le discours en actes. D’autant plus que le PCAET (Plan Climat Air et Énergie Territorial) et le SDE (Schéma Directeur des Énergies) – votés et élaborés sous le mandat précédent – prévoient la reconduction à l’identique des incinérateurs : un engagement clair dès le début du mandat est nécessaire.

Sur le sujet de la tarification incitative, seuls LR et la liste de D. Kimelfeld y sont favorables au moins pour l’expérimentation. Les propositions de Lyon en commun s’orientent vers une tarification spécifique des professionnels assimilés et celle de 100% Citoyens vers des alternatives de « récompenses », proche d’une forme d’incitativité.

Nous aurions souhaité avoir des engagements quantitatifs sur la valorisation des biodéchets ; de nombreux candidats (LR, La Gauche unie, Prendre un temps d’avance) évoquent des efforts de communication sans objectif alors que la situation le demande.

Nous nous félicitons de voir que l’ensemble des candidat.e.s se positionnent favorablement à plus d’éco-exemplarité, voire une augmentation du budget de la prévention. Nous regrettons qu’il faille attendre l’échéance électorale pour voir ces positions émerger car la politique de prévention des déchets a été peu soutenue par les différents groupes politiques sur le dernier mandat. ZDL salue les avancées de la Métropole sur le PLPDMA (Plan Local de Prévention des Déchets Ménagers et Assimilés) et attend donc qu’il y ait à l’avenir des objectifs nettement plus ambitieux !

Contexte et enjeux

La Métropole de Lyon s’est engagée dans une démarche Zéro déchet, Zéro Gaspi depuis 2015. Pourtant, sur les 550 000 tonnes annuelles de déchets ménagers et assimilés, seules 32% sont recyclées. C’est bien moins que la moyenne nationale (50%) et que les objectifs européens (65%). Ce faible taux de recyclage est le fruit d’une politique datant de 1930 et de la construction des premiers incinérateurs.

Par ailleurs, l’énergie produite par l’incinération est qualifiée d’énergie renouvelable, contribuant ainsi à verdir le mix énergétique. Mais sait-on que l’incinération émet au moins 20 fois plus de gaz à effet de serre que le bois pour un même kWh ? Des déchets qui auraient pu être recyclés, mais surtout évités, sont brûlés : c’est le cas du plastique, du verre, du carton et du papier qui sont encore très présents dans le bac gris, entièrement incinérés. Même destin pour les déchets compostables qui pourraient contribuer par dégradation à stocker du carbone, à produire de l’énergie ou à fertiliser les sols.


66% des déchets incinérés pourraient faire l’objet d’un traitement plus respectueux de l’environnement. Analyse faite à partir de la composition des ordures ménagères résiduelles de la Métropole de Lyon faite en 2018.

Une opportunité sans précédent pour la Métropole de Lyon

Plus de 400 villes ou agglomérations en Europe sont déjà engagées dans une démarche de réduction des déchets similaire. Les plus avancées d’entre elles n’incinèrent ou n’enfouissent d’ores et déjà que 50 kg/hab./an quand la Métropole est à 230 kg/hab./an.

Selon Zéro Déchet Lyon, l’arrêt de 2 à 3 fours d’incinération sur les 5 en fonctionnement actuellement est tout à fait envisageable à l’échelle de la Métropole grâce aux mesures qui ont fait leurs preuves en Europe : tri à la source des déchets compostables, mise en place d’une tarification incitative et juste, promotion de la vente en vrac… A la clé : création de 4600 emplois non délocalisables, réduction des émissions de gaz à effet de serre et des matières premières consommées, et stabilisation des coûts de gestion, en hausse depuis 30 ans.

La décision de reconduire à l’identique ou de diminuer la capacité d’incinération par deux pour 2028 doit être pris au printemps 2020 : ce sera le marqueur de la réelle volonté politique des futur.es élu.es à la Métropole en termes de politique environnementale dont elle a la pleine compétence.

Reconduction à l’identique des capacités d’incinération en 2028

  • Dépenser 600 M€ d’investissements
  • Incinérer pendant 40 ans 400 000 tonnes de déchets par an
  • Maintenir un statu quo qui confinera les politiques de réduction à l’accessoire
  • Maintenir sur la durée un outil technique complexe et polluant
  • Trouver des filières / exutoires pour les sous-produits difficiles à valoriser voire non valorisables

Diviser par deux les capacités installées en 2028

  • Économiser 300 M€ d’investissements sur ce poste
  • Stabiliser les coûts de gestion des déchets en hausse depuis 30 ans
  • Créer 4600 emplois nets directs non délocalisables
  • Fédérer tous les acteurs.ices pour la réussite du projet
  • Multiplier l’insertion professionnelle et les acteurs.ices de l’Économie Circulaire
  • Rénover 20 000 logements sociaux vieux et mal isolés le long des réseaux de chaleur
  • Diminuer notre impact écologique

Nos propositions Zéro Déchet pour la Métropole

Voici concrètement nos propositions pour une réduction des déchets sur la Métropole de Lyon ; ces propositions forment un tout cohérent qui sont la clé de la réussite de cette transition :

  1. Mettre en place une pluralité de solutions de gestion des biodéchets adaptées aux différents types d’habitats de la Métropole (dense, pavillonnaire…) ; le compostage de qualité agronomique et de proximité sera privilégié.
  2. Mettre en place une tarification incitative : d’abord la redevance spéciale, pour estimer la part professionnelle et clarifier qui produit quoi ; puis progressivement la TEOMi (Taxe d’Enlèvement des ordures ménagères incitative) avec une part fixe et une part variable pour une plus grande justice sociale. Le paiement à la levée sera a priori l’option la moins coûteuse à privilégier.
  3. Allouer 5% du budget de gestion des déchets à la prévention : formation du personnel administratif et des élu.e.s, campagnes de communication régulières, formation à la démarche Zéro Déchet, concours et animations… Montrer les déchets plutôt que de les cacher !
  4. Fusionner les services Gestion et Prévention de la Métropole : la prévention doit devenir le prisme de lecture et d’action de la gestion des déchets.
  5. Avoir une Métropole exemplaire : bannir le plastique à usage unique, systématiser l’éco-conception pour toutes les commandes publiques : cantines, fournitures matérielles, événementiel, construction, informatique…
  6. Systématiser l’accès à la réparabilité sur l’ensemble du territoire métropolitain : formation des référents dans les structures de proximité tels que les MJC, Centres Sociaux, Maisons de la Métropole, Etablissements scolaires…) et déployer les points de collecte type déchèteries inversées ou donneries.
  7. Encourager et faciliter l’ouverture de commerces « vrac » et de circuits courts sur l’ensemble du territoire : accompagnement sur la recherche de local et de prêt bancaire notamment.
  8. Prioriser la rénovation thermique des logements directement fournis en chaleur par les incinérateurs pour compenser la diminution de déchets incinérés et préserver une énergie à bas coût.
  9. Mettre en place un plan de lutte contre le plastique à usage unique : fontaines publiques démultipliées, retour de la consigne du verre et des contenants réutilisables pour la vente à emporter, lancement de « quartiers Zéro Déchet ».
  10. Promouvoir les textiles sanitaires réutilisables : déployer la formation sur les textiles sanitaires réutilisables dans les établissements de petite enfance et diffuser les informations sur les alternatives aux protections périodiques (médecins, centres médicaux, planning familiaux, établissements scolaires, foyers d’accueil etc).
Crédits photo : Claire Gaillard

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