Déchets et gaspillages en festivals : la fête est bientôt finie ?

Les beaux jours arrivent, et avec eux les manifestations en plein air pouvant rassembler plusieurs centaines voire milliers de personnes ! Si ces évènements sont festifs et permettent aux gens de communier au rythme de la musique, de l’art et du spectacle, ils n’en restent pas moins des manifestations à l’origine d’une forte pression sur l’environnement et les ressources naturelles, notamment via la consommation d’objets à usage unique, de tracts papier, de matériels, transports, ou encore d’énergie. L’ADEME estime ainsi qu’une manifestation de 5000 personnes générerait environ 2,5 tonnes de déchets [1] – soit l’équivalent de 5 années de déchets pour une seule personne en France[2]), et 1000 kWh d’énergie [1](ce qui équivaut à la consommation électrique d’un foyer pendant 3 mois [3]).

Les salons ou foires sont également de gigantesques pourvoyeurs de déchets, notamment à cause de ses stands à usage unique, jetés à la fin du salon, des moquettes et support de communication, également à usage unique faute de filière de recyclage, d’habitudes, de services de location ou de réutilisation et de réelles contraintes juridiques. Le gaspillage alimentaire n’est également pas négligeable : 30% des organisateurs déclarent avoir déjà jeté plus de 15% de la nourriture prévue [4].

Pour pouvoir continuer à organiser des évènements grand public de ce type, il est donc nécessaire de revoir leur modèle. La clé ? L’anticipation et bonne nouvelle, de nombreuses solutions existent déjà et ne demandent qu’à être mises en place de façon systématique et pérenne.

Note : Les entreprises ou associations citées dans cet article sont données à titre d’exemples et la liste n’est pas exhaustive. Si vous connaissez d’autres acteurs ou actrices, partagez-les nous en commentaire. 

Tout d’abord côté juridique : que dit la législation ?

Il n’existe à l’heure actuelle aucune loi prévue visant à inciter à la réduction de la production de déchets dans l’évènementiel. Le producteur des déchets (l’organisateur du festival) est néanmoins responsable de leur gestion ainsi que de leur tri selon le règlement de collecte en vigueur dans la commune dans laquelle le festival a lieu.

Le Ministère de la Culture a produit une “Charte de développement durable pour les festivals” [5] en 2021 qui n’aborde que très rapidement la question des déchets évoquant une “gestion responsable des déchets”, tandis que les professionnels de l’événementiel ont également signé un “Engagement pour la croissance verte” [6], peu détaillé et non contraignant.

Néanmoins, des cadres d’autorisations pourraient voir le jour du côté des institutions locales (métropoles, communautés d’agglomérations, municipalités etc.) lorsque les événements sont organisés sur la voie publique relevant de leur territoire et compétence (voir même s’ils les soutiennent financièrement).

Du côté de la métropole de Lyon, beaucoup de travail reste à faire, néanmoins de nombreuses actions sur l’accompagnement et la prévention dans les événements et manifestation locale sont menées par les services de la Métropole depuis 2019 à travers le Programme Local de Prévention des Déchets Ménagers et Assimilés – PLPDMA 2019-2024. Dans le cadre d’un marché public lancé par la Métropole de Lyon, en 2019, l’association mandatée Aremacs a réalisé une petite étude sur les types de déchets en événementiel sur la métropole, afin de définir les typologies de déchets fréquemment rencontrés à gérer par l’organisateur. Ainsi un guide de bonnes pratiques et d’informations avec un volet d’accès web sont en cours de préparation du côté des services techniques de la Métropole. Cette dernière mène actuellement des réflexions plus poussées sur les niveaux de services qu’elle pourrait proposer selon les tailles des évènements et des structures organisatrices (services en tant que prestataire, facilitateur, accompagnant etc.), notamment pour le matériel de collecte, voire de vaisselles réutilisables et plus. Un projet sera soumis à délibération d’ici la fin 2023 pour une application en 2024. 

Mais alors quelles solutions ?

La gestion des déchets lors des festivals représente principalement un défi logistique demandant une préparation bien rodée avec de l’anticipation. Il est nécessaire en amont de définir les besoins et les flux de déchets à réduire et/ou gérer. On identifiera ainsi [7] [8] [9] :

  • les contenants pour les boissons (gobelets réutilisables) et leur lavage
  • les contenants pour la nourriture (vaisselle lavable) et leur lavage
  • les déchets alimentaires, pouvant être transformés en compost
  • les déchets recyclables (cartons…)
  • les supports de com’ (bâches etc.) qui doivent idéalement être réutilisables chaque année, ou données pour réutilisation type “upcycling”
  • les mégots de cigarette avec des espaces prédéfinis
  • les déchets spécifiques pour lesquels un traitement spécial est nécessaire
  • les sols ou moquettes, pouvant être réutilisés (l’entreprise Orak donne une seconde vie aux moquettes par exemple [10])
  • le mobilier et les équipements de scénographie, de sécurisation
  • les toilettes écologiques et réutilisables
  • la distribution de “goodies” doit être remise en question aussi.

Pour être accompagné sur la mise en place de ces différents flux, les organisateurs peuvent s’appuyer sur des associations comme Aremacs qui proposent des solutions concrètes aux organisateurs d’événements pour réduire, gérer et valoriser les déchets et en sensibilisant les publics des événements au respect de l’environnement [11]. Aremacs organise notamment régulièrement les JEER (journées de l’évènementiel éco-responsable) au cours desquelles elle se positionne en tant qu’actrice fédérant les initiatives en faveur de l’événementiel éco-responsable. Ces rencontres permettent d’échanger sur les difficultés que les équipes organisatrices d’événements peuvent rencontrer pour changer leurs pratiques et sur les façons d’articuler pérennité économique, sociale et environnementale [12].

Au niveau du matériel, la mutualisation apparaît comme la solution incontournable afin d’éviter l’usage unique de certains équipements coûteux et délicats à recycler. L’association Cagibig propose ainsi sur la métropole de Lyon et régions voisines, une mise en commun d’outils et de matériels pour tous types d’évènements. En local toujours, la Maison de l’Environnement de la Métropole de Lyon développe depuis 2022 pour ses structures membres, un système de prêt de  vaisselles en dur et bientôt aussi de prêt de matériel d’animation (tables pliantes, barnum, vélo cargo etc.). Leur locaux viennent aussi d’être équipés d’un lave-vaisselle professionnel dédié pour laver une fois l’évènement fini. Ce kit a été déjà bien utilisé notamment lors du Festival Lyon 0 déchet et lors de l’inauguration du Quartier Zéro Déchet Valmy. De plus en plus de communes sur la métropole lyonnaise et d’associations s’équipent aussi de gobelets réutilisables pour les événements grand public qu’elles organisent directement.

Kit vaisselle et machine de lavage de la Maison de l’Environnement

Il est également essentiel de se préoccuper du potentiel gaspillage alimentaire sur le salon/festival. A l’heure où une grande partie de la nourriture mondiale est jetée alors que comestible, il faut :

  • s’assurer que les quantités de nourriture commandées sont en adéquation avec le nombre de participant·es et avec les quantités commandées sur les années précédentes.
  • prévoir de donner les restes en s’organisant avec des associations.

Des ateliers sur la thématique des déchets peuvent être proposés au sein du festival afin de sensibiliser les festivalier·es, dans le but non seulement de les impliquer au maximum dans l’événement et sa démarche, mais également en prévision de futures éditions ou d’autres festivals auxquels iels pourraient participer. 

Après l’événement, il peut être intéressant d’évaluer les déchets réellement produits et ainsi faire un comparatif avec les éditions précédentes, dans le but d’évaluer l’efficacité des différentes mesures.

Ça bouge (enfin) un peu partout en France

Le collectif Drastic On Plastic [12] regroupant plus de 60 signataires [13] permet d’accompagner les festivals voulant s’engager dans une démarche de réduction des déchets en leur proposant des ressources sur différentes thématiques (goodies (cadeaux publicitaires), signalétique, vaisselle…). La signature de la charte par les festivals participants permet ainsi de valoriser leur engagement. Les festivals engagés dans la démarche peuvent être retrouvés ici : http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/festivals-engages-drastic-on-plastic_409811 

We Love Green, qui accueille au total plus de 80000 festivaliers [15], est probablement le plus connu des grands festivals à avoir mis en place une démarche « éco-responsable ». Régi par une charte éco-responsable articulée autour de 8 axes, le festival a pour objectif d’être 100% circulaire d’ici à 2025. Au niveau des actions mises en place pour réduire les déchets on peut noter [16] :

  • une scénographie issue de matériau de récupération, réinsérée dans un circuit d’économie circulaire après le festival ;
  • la mise en place de 160 robinets d’eau potable gratuite afin d’éviter les déchets issus des bouteilles plastiques ;
  • la mise à disposition de gourdes consignées ;
  • pas de plastique à usage unique dans l’ensemble des zones du festival ;
  • une brigade dédiée à la sensibilisation aux déchets et à la propreté ;
  • la mise en place d’un système permettant d’utiliser de la vaisselle “en dur” ;
  • la valorisation des flux de déchets avec des prestataires spécialisés ;
  • la redistribution des invendus alimentaires.

Concrètement en 2022, le festival annonce avoir revalorisé 120 tonnes sur les 140 tonnes de déchets produits : des résultats prometteurs encourageant !

Terres du son [17] met également en place diverses actions afin d’aboutir à une réduction des déchets [18] :

  • gestion des mégots avec nettoyage minutieux du site post-évènement ;
  • mise en place d’un système de valorisation et tri des déchets ;
  • sensibilisation du public avec ateliers. 
Au festival terres du Son, des ateliers sont organisés par le Repair’Café et la Ressourcerie la Charpentière © Ch. Chapiotin

Sur le territoire Lyonnais, plusieurs festivals s’engagent dans la réduction de leurs déchets. Woodstower [19], a ainsi mis en place des démarches de réduction, valorisation des déchets comprenant un volet sensibilisation, en travaillant notamment avec des partenaires cités ci-dessus. Graines Electroniques [20] va encore plus loin, en proposant un festival 100% éco-conçu. Également, la Métropole de Lyon propose avec Aremacs des accompagnements permettant aux organisateurs d’évènements d’initier ou d’améliorer leur démarche de réduction des déchets. En 2022, 5 évènements de la Métropole ont pu bénéficier de ce soutien. Ce type de services de la part de la Métropole est en cours de structuration et est amené à se développer au cours des prochaines années avec de nouvelles offres.

Si côté festivals du changement s’opère, côté événementiels type salons, on reste encore très loin de la réduction et prévention des déchets, avec peu d’informations et de données, peu de contraintes des organisateurs et lieux d’accueil et peu voir aucune volonté de sobriété. A nous citoyens et citoyennes de relever les exigences, de faire remonter ces absences d’actions aux organisateurs, aux collectivités et sur les réseaux sociaux pour générer prises de consciences et actions correctives. 

Côté actions collectives inspirantes, Vert, jeune média indépendant, propose une carte collaborative des festivals de musiques indépendants et écolos. Leurs critères : des évènements qui sont “sous statut associatif et à but non lucratif” donc n’appartenant à aucun groupe et qui allient également des actions écologiques allant “au-delà de la mise en place de poubelles de tri et de gobelets réutilisables, avec l’objectif de réduire l’impact environnemental des événements et de sensibiliser, voire mobiliser, leur public sur des enjeux de bifurcation écologique et sociale”.

N’hésitez pas à consulter cette carte et surtout à faire connaître des évènements répondant à ces critères en envoyant un mail au média en ligne. 

Alors à présent cet été, on espère que vous ne verrez plus votre festival du même œil ! Et si vous même à votre échelle vous avez prévu quelques évènements: l’équipe du Quartier Zéro Déchet Valmy a préparé tout un article avec plein d’idées et astuces.

Références

[1] https://www.zerowastefrance.org/wp-content/uploads/2018/03/mon-evenement-zero-waste.pdf

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/5349627 

[3] https://particuliers.engie.fr/electricite/conseils-electricite/conseils-tarifs-electricite/consommation-moyenne-electricite-personne.html 

[4] https://www.evenement.com/guides-professionnels/etudes-dossiers/gaspillage-alimentaire-une-etude-fait-le-point-sur-levenementiel/#:~:text=Les%20r%C3%A9sultats%20de%20l%27%C3%A9tude,%C3%A9levait%20%C3%A0%20plus%20de%2020%20%25

[5] https://www.culture.gouv.fr/Media/Medias-creation-rapide-Ne-pas-supprimer/Charte-de-developpement-durable-pour-les-festivals 

[6] https://www.economie.gouv.fr/evenementiel-signature-engagement-croissance-verte# 

[7] https://www.lecollectifdesfestivals.org/collectif/wp-content/files/Guide_Evenement_zero_waste.pdf

[8] https://www.lecollectifdesfestivals.org/collectif/wp-content/files/Fiche_Dechets.pdf 

[9]

[10] https://www.orak.fr/ 

[11] https://aremacs.com/ 

[12] https://files.heeds.eu/297/add-contact-files-url-restitution-2021-20220608-145644.pdf 

[13] https://www.drastic-on-plastic.fr/le-dispositif-drastic-on-plastic  

[14] ;

[15] https://www.welovegreen.fr/

[16] https://www.welovegreen.fr/charte-green/

[17] https://www.terresduson.com/durable-responsable/les-actions/ 

[18] https://www.zerodechettouraine.org/actualite/le-festival-terres-du-son-en-route-vers-le-zero-dechet

[19] https://woodstower.com/eco-festival/ 

[20] https://graineselectroniques.com/ 

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