Bobi- Réemploi : un expert pour l’avenir du BTP

Selon les données de 2015 évoquée dans un autre article du blog de Zéro Déchet, 4,6 millions de tonnes de déchets ont été produits sur le bassin de l’agglomération de Lyon. Pour réfléchir à une économie de la fonctionnalité, il existe à Lyon l’entreprise Bobi-Réemploi (qui n’a rien à voir avec Bob le Bricoleur), entreprise pour la réduction des déchets sur les grands chantiers du BTP mais pas que…

De gauche à droite: Sophie, Théo et Ilona

Bobi, c’est qui ?

Sophie est lyonnaise depuis 8 ans et ingénieure, elle a été conductrice de travaux avant de créer Bobi-Réemploi. Dans le livre « Que ma joie demeure » de Jean Giono, son personnage principal, Bobi, acrobate arrivé dans un village d’agriculteurs, met en lien tous les agriculteurs qui y travaillent. Elle s’en inspire pour appliquer le réemploi de matériaux, en créant du lien entre les différents acteurs du BTP. Aujourd’hui, ils mènent la barque à trois avec Théo, architecte, et Ilona, commerciale chargée de trouver des filières de réemploi. Leur activité se passe surtout à Lyon et Grenoble et ils souhaitent s’étendre sur toute la région Auvergnes-Rhône-Alpe.

L’idée vient surtout de la « tonne » de stock qui lui restait en fin de chantier lorsqu’elle était conductrice de travaux, qu’elle essayait en interne de redistribuer à d’autres personnes, pour ne pas remplir des « bennes entières de matériaux en bon état », comme elle l’explique. Seulement, ça prend du temps. C’est ainsi qu’est né Bobi-Réemploi. Ils travaillent en partenariat avec Mineka et Re.Source, deux entreprises militantes à l’initiative similaire. La première a la particularité d’avoir un stock de matériaux que Bobi approvisionne de temps en temps, tandis que la seconde est une plateforme en ligne permettant de revendre les matériaux.

Récupération de sols

Bobi c’est quoi ?

C’est de l’expertise et de l’opérationnel. La première phase consiste à établir un diagnostic pour les bâtiments en voie d’être démolis. Elle se divise en deux diagnostics :

  • Le diagnostic déchets : qui consiste à comptabiliser la tonne de déchets
  • Le diagnostic ressources : Voir le déchet comme une ressource, et présenter le matériau sous forme de fiche produit, en vue d’être réutilisé.

Sophie couple alors les deux approches, et propose d’aller plus loin si nécessaire. Ensuite, la phase opérationnelle consiste à chercher les débouchés de ces matériaux (qu’il s’agisse de portes, parquets, plafonds, béton…) afin de les réinjecter dans de nouveaux projets. La partie logistique repose sur des entreprises sous-traitantes.

Si Bobi-Réemploi s’adresse d’abord aux professionnels du public et du privé, Sophie est sensible à la question écologique et aiderait volontiers les particuliers. Elle conçoit cela dit le fait qu’un particulier n’achèterait pas 50 portes, à moins qu’il vive dans un château.

Pourquoi cette démarche ?

La frustration d’être cantonné aux problématiques énergétiques lorsqu’on travaille en bureau d’étude a poussé Sophie a prendre parti pour sa propre sensibilité écologique et à entreprendre. Sa visée est plus large que le simple bâtiment, elle souhaite insuffler de nouvelles façons de concevoir la construction, en aidant les professionnels à s’orienter vers de nouvelles voies, telles que le réemploi. C’est pour cela que Bobi-Réemploi entretient aussi un blog sur le réemploi de matériaux, pour montrer leurs projets, leur impact, ou pour soulever les grandes questions liées à la réglementation. Ces dernières semblent d’ailleurs aller dans leur sens à l’échelle nationale, si l’on en croit la loi anti-gaspillage de 2020. Si elle regrette parfois un manque de sensibilisation du monde du BTP, du fait de son caractère très normé, elle insiste sur le fait qu’une multitude de matériaux peuvent être employés, et sur le faible pourcentage du budget total d’un projet, que représenterait le fait de faire appel à Bobi.

« Ils disent souvent « on ne va pas réemployer des fenêtres », alors qu’il s’agit aussi de faux plafonds, de sols, de portes… qui ne demandent pas de réglementation ».

Les chiffres

En un an, environ 30 à 40 tonnes de déchets ont pu être épargnés (Mineka ayant déjà dépassé les 100 tonnes en 3 ans) grâce à eux. Bobi-Réemploi s’attelle aussi à chiffrer l’économie en termes de consommation carbone. Ce qu’on sait, c’est qu’1,42 tonnes de CO2 évités grâce au réemploi (calculé pour un projet avec Maëlle Architecture), correspond à plus d’un aller-retour Paris-New-York en seconde classe, ce qui donne à réfléchir. Quant au coût des matériaux, bien que la prestation intellectuelle apportée par Bobi-Réemploi soit à prendre en compte, la moitié de leur prix permet de compenser. C’est aussi un parti à prendre et un bon pari pour l’avenir.

Sophie est fière de dire qu’en Septembre 2020, Bobi-Réemploi peut payer trois salaires. La plupart des projets en cours s’observent à long terme, et si le diagnostic est déjà fait, ils ont hâte d’en voir les résultats concrets d’ici l’année prochaine.

Pour obtenir des conseils sur leur blog

Pour consulter la liste de leurs matériaux disponibles

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